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Sabotages, blocages, explosions : que se passe-t-il chez les agriculteurs ?

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Une souffrance bien réelle récupérée par le lobby de l'agro-industrie. Article de Contre-attaque

Vendredi 19 janvier, une explosion souffle le rez-de-chaussée de la DREAL de l'Aude – la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement. Un bâtiment de l'État est détruit par une bombe. L'action est revendiqué par le CAV ou comité d'action viticole, un groupe clandestin de producteurs de vin.

Casse autorisée

Cette action intervient dans le cadre d'un fort mouvement du monde agricole. En plus de cette explosion, il y a depuis plusieurs semaines de nombreux sabotages, des blocages très puissants d'autoroute par des tracteurs, des préfectures saccagées… Le 22 janvier, une ligne de TGV près de Sète est même bloquée par des tracteurs, déplaçant sur les rails des pneus et des déchets.

Toutes ces actions sont impressionnantes. On se souvient qu'une procédure anti-terroriste avait été ouverte contre « l'ultra-gauche » en 2008 pour avoir perturbé une ligne de TGV : la lamentable affaire Tarnac. On se souvient aussi des arrestations massives et des mutilations lors de manifestations pour des dégradations infimes en comparaison des actions menées par les agriculteurs. On se souvient des accusations « d'éco-terrorisme » à propos des manifestations pour les ressources en eau à Sainte-Soline. Quant à l'explosion d'un bâtiment public, on préfère ne même pas imaginer les conséquences répressives et médiatiques si cela venait d'un groupe anticapitaliste.

Ici, rien de tout cela. Emmanuel Macron appelle les préfets à écouter « les problématiques » des agriculteurs en colère. Gabriel Attal reçoit leurs représentants directement à Matignon. La chaîne d'extrême droite Cnews, qui d'habitude s'inquiète de « l'ensauvagement » et des « violences », soutient le mouvement et met son logo à l'envers en solidarité, comme les agriculteurs qui renversent les panneaux de signalisation. Quand un mouvement contestataire est à ce point couvert par les médias des milliardaires et le gouvernement, il y a anguille sous roche.

Un mal-être réel

Soyons clairs : le monde agricole a toutes les raisons de se révolter. La France est un grand pays agraire et comptait en 1945 10 millions de paysans, soit plus d'un quart de la population. Il n'y avait plus que 400.000 agriculteurs en 2019, une division par 20.

C'est tout un monde qui a disparu. Des savoir-faire, des sociabilités, des campagnes vivantes qui ont été tuées. Le productivisme a tout détruit, le remembrement des années 1960 a créé de grandes parcelles concentrées dans toujours moins de mains, l'agro-industrie a transformé les paysans en entrepreneurs obligés de produire toujours plus pour être rentables et obtenir des subventions, le tout arrosé de pesticides.

Aujourd'hui, les agriculteurs sont durement touchés par les suicides, très nombreux dans la profession, mais aussi les accidents, les maladies, la solitude, les pressions de la grande distribution. La force de travail agricole est en souffrance, c'est incontestable.

Dans les années qui viennent, une grande partie des agriculteurs partira en retraite, et il y a de gros risques de rachat des terres par les grands groupes qui cumuleront les hectares, renforçant encore les logiques productivistes au dépend des petits producteurs.

Une récupération par le lobby agro-industriel lié au gouvernement

Ce qui est encore plus tragique, c'est que ce monde agricole en détresse se jette dans les bras de ceux qui sont responsables de ses malheurs.

Celui qu'on voit défiler actuellement sur les plateaux télés et dans les bureaux du gouvernement s'appelle Arnaud Rousseau. On l'entend à la radio dire « ce que veulent les agriculteurs, c'est redonner une forme de dignité à leur métier ».

Pourtant, Arnaud Rousseau est de ceux qui détruisent la dignité de cette profession. Il dirige la FNSEA, puissant lobby de l'agro-industrie lié au gouvernement. C'est la FNSEA qui encourage le productivisme, l'agriculture néolibérale, les dérégulations. C'est la FNSEA qui permet aux gros exploitants de manger les petits. C'est la FNSEA qui a détruit la paysannerie. Il est donc déroutant de voir que l'organisme responsable du mal-être paysan soit devenu son porte-voix.

Mais il y a pire. En plus de diriger la FNSEA, Arnaud Rousseau est à la tête d'une énorme exploitation de 700 hectares et président du groupe Avril, une multinationale de l'agrobusiness spécialisé dans l'huile, qui a réalisé plus de 9 milliards d'euros de recettes en 2022. Oui, 9 milliards.

Les raisons de ces chiffres records ? L'inflation. Son groupe a augmenté son chiffre de 32% par rapport à 2021, et surtout réalisé 218 millions d'euros de profits, une hausse de 45% sur un an. Rousseau s'est enrichi sur les classes populaires qui ont payé plus cher. Il est aussi directeur général de Biogaz du Multien, une entreprise spécialisée dans la méthanisation.

Arnaud Rousseau n'a rien du paysan attaché à sa terre. C'est un entrepreneur, un grand patron qui règne sur ses hectares comme un manager régnerait sur une usine. Il est diplômé de l'European Business School de Paris, et fait du courtage de matières premières agricoles sur les marchés financiers. Quels sont les points communs entre Arnaud Rousseau et le petit agriculteur de Bretagne qui peine à boucler ses fins de mois ? Aucun. Si ce n'est que le premier vit sur la misère du second.

Le monde paysan est une lutte des classes

Revenons à l'explosion dans le Sud de la France. En novembre dernier, près de 6000 vignerons s'étaient rassemblés à Narbonne à l'appel de la FNSEA, et dénonçaient la situation catastrophique des vignerons en 2023. Parmi les responsables pointés du doigts : « les écologistes extrémistes » qui imposent, selon eux, des normes « intenables ».

La FNSEA réclamait alors au gouvernement des aides d'urgence et de limiter la concurrence avec les vins étrangers, alors que de nombreux vignerons français bénéficient eux-mêmes de l'exportation de leurs vins. La revendication principale était donc une forme de protectionnisme à la Trump, d'où tout le monde sort perdant (sauf les patrons).

Toujours est-il que le Comité d'Action Viticole a le droit de poser des bombes alors même que toute contestation sociale est écrasée d'une main de fer. Le CAV a d'ailleurs commis de nombreux attentats depuis les années 1960, y compris en tuant un policier ou en faisant sauter une permanence du PS près d'une école, sans que ses membres soient vraiment inquiétés.

La colère des agriculteurs est-elle condamnée à être récupérée par les lobbys de l'agro-business, à la grande satisfaction des néolibéraux au pouvoir ? Non. Il existe aussi la Confédération Paysanne, un syndicat marqué à gauche, opposé à l'agriculture productiviste et plutôt altermondialiste, qui dénonce les solutions portées par la FNSEA.

Opposée à l'accaparement des terres et à l'agriculture intensive, la Confédération Paysanne se bat réellement pour la dignité du métier, pour la fin des monopoles dans les campagnes et le retour à la terre.

Dans le cas des vignerons, la Confédération soulignait l'hypocrisie de l'agriculture intensive qui survit grâce aux subventions, et expliquait que « déplorer de faibles récoltes liées à la sécheresse dans un contexte général de surproduction » n'avait pas de sens « alors que nous devons envisager des mesures de régulation et de solidarité pour limiter la distorsion flagrante entre les secteurs irrigués et ceux qui ne le sont pas » ou encore la proposition de détruire les parcelles les plus isolées.

Pour une agriculture respectueuse des hommes et de la terre

Et devinez quoi ? La Confédération Paysanne, elle, est réprimée. Quand elle défend le bocage de Notre-Dame-des-Landes contre un projet d'aéroport. Quand elle manifeste contre les OGM ou les pesticides. Quand elle lutte contre l'accaparement des terres par l'agro-industrie ou contre les mégabassines. Les membres de ce syndicat sont alors gazés, arrêtés, dépeints comme de dangereux contestataires dans les médias, et plus comme de sympathiques agriculteurs en colère.

Pour le pouvoir, il y a donc les « bonnes » révoltes agricoles et les mauvaises. Étant donné le traitement médiatique de la contestation actuelle, vous devinez aisément quels sont les intérêts qui sont défendus.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : aucune solution ne viendra des propositions de soutien à l'agriculture industrielle et polluante. C'est le modèle agricole qui est à changer, pas seulement l'importance des allocations ou les règles écologiques. Si la colère des paysans est juste, les cibles qu'elle vise ne le sont pas : il y a bien une lutte des classes entre gros exploitants et petits producteurs, et c'est elle qu'il faut raviver. Au-delà de la Confédération Paysanne, des expérimentations ont lieu partout pour une autre agriculture, respectueuse de la terre, de la diversité et du vivant.

Article publié sur Contre-attaque

[Gaz de schiste] Projection, discussion et musique avec le collectif « krasni kaos »

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Une projection du film du collectif « krasni kaos » (en minuscules) sur la méthode barbare de l'exploitation à outrance du gaz de schiste. Discussion avec le collectif et on finira en musique !

Dimanche 4 février 2024 à partir de 17h : soirée de soutien avec le collectif « krasni kaos »

17h30 : projection du film Méthode barbare (film du collectif krasni kaos - 47 min)

Le film a été tourné dans des régions spécifiques d'Albanie, du Monténégro et de Croatie où le pétrole et le gaz de schiste sont déjà exploités, et où de nouvelles concessions assurent la continuité d'un processus délétère. Road-movie écomilitant qui montre les liens et similitudes de scénarios dans ces pays livrés au capitalisme le plus dévorant, Méthode barbare rappelle également que les eaux, les terres et leurs habitant.e.s étaient là bien avant l'introduction du concept de nation.

« Krasni Kaos » reversera le soutien à « MARTYNKA » pour l'aide médicale et l'avortement médicamenteux aux victimes de viols de guerre en Ukraine.

Projection/discussion, infos, tables de presse et musiques avec :

  • VACANT (postpunk - Belgie)
  • XIXAVEGA (techno expérimentale voix - France/Albanie)

CENTRE INTERNATIONAL DE CULTURE POPULAIRE
21 TER RUE VOLTAIRE, 75011 PARIS - Métros : Avron / Nation
De 17 à 22h précises - prix libre - pas d'attitudes et propos racistes, sexistes ou discriminatoires, pas de verre et laissez les animals à la maison.
Retransmission de l'émission KONSTROY ( konstroy.net ) en direct du CICP
de 18 à 20h. sur la radio CAUSE COMMUNE 93 .1 MHZ
http://collectifcontreculture.noblogs.org

Aubervilliers Cours de droit du travail : JO et recours au travail gratuit, samedi 10/02

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

L'Union locale Aubervilliers des syndicats SUD-Solidaires organise régulièrement des formations gratuites en droit du travail ouvertes à toutes et tous. Le prochain cours, aura lieu le samedi 10 février 2024 et portera sur les Jeux olympiques 2024 et le recours au travail gratuit.

L'Union locale Aubervilliers des syndicats SUD-Solidaires organise régulièrement des formations gratuites en droit du travail ouvertes à toutes et tous.

Le prochain cours, aura lieu le samedi 10 février 2024 et portera sur les Jeux olympiques 2024 et le recours au travail gratuit. Il sera animé Maud Simonet, sociologue et auteure de Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?

Il aura lieu à 10h à la Bourse du travail d'Aubervilliers, rue des 21 appelés (métro Aimé Césaire, ligne 12).

Télécharger l'affiche pour diffusion :

Aubervilliers : discussion autour de la loi Darmanin le 04/02

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Une réunion publique contre la loi Darmanin est organisée à Aubervilliers par un collectif de personnes habitant et/ou travaillant à Aubervilliers le dimanche 4 février 2024 : informations autour de la loi et discussion sur les mobilisations en cours et à venir.

Depuis des années, les lois racistes et les attaques xénophobes se multiplient : chasse aux sans-papiers, violences policières, absence de rendez-vous à la préfecture, exploitation face aux patrons… La loi “Darmanin”, qui réforme le droit d'asile et l'immigration, est une raison de plus d'être en colère ! Nous sommes des personnes habitant ou travaillant à Aubervilliers et nous avons décidé de nous organiser sur notre ville pour lutter contre cette loi.

Réunion publique dimanche 4 février 2024 : informations autour de la loi et discussion sur les mobilisations en cours et à venir.

À partir de 15h à la Bourse du travail d'Aubervilliers, rue des 21 appelés.

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Résistances antimilitaristes en Palestine-Israel : sources, histoire et actualités

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Soldats, refusez !
Depuis plusieurs dizaines d'années, le mouvement anti-militariste est indissociable du narratif décolonial en Palestine. C'est un mouvement féministe, de jeunesse, un mouvement familial.

« Cette tendance n'a pas commencé maintenant- elle est inhérente au régime d'occupation, et au suprémacisme juif. Simplement, les masques sont entrain de tomber »  

Lettre des Jeunes Contre la Dictature, été 2023


Le mouvement qui encourage le refus militaire date des années 1970. Le temps officiel est de 3 ans pour les hommes et 2 pour les femmes. Il est important de savoir que seulement 50% des incritEs font un temps de service complet (source : Meravot). De nombreuses personnes ne servent pas, pour des raisons médicales, familiales ou religieuses. L'armée ne représente pas autant le peuple qu'elle le fait croire à l'étranger.

La redécouverte du mouvement — après le refus médiatisé de Tal Mitsnik — démontre la silenciation à laquelle il a été sujet avant début janvier 2024.

Qu'il soit minoritaire dans sa forme publique en Israël, c'est un fait. Cependant, étant un sujet extrêment tabou, et donc diffus, il est présent depuis l'école jusque dans chaque cellule familiale. C'est la ligne rouge, ou le point commun, des amitiés ou partis pris politiques.

En septembre 2023, 280 jeunes refusent par Lettre Publique

Suite aux manifestations du printemps 2023, le mouvement La Jeunesse Contre la Dictature des lycéens compte bien continuer : des conférences de presse ont lieu et une présence en lycées et facultés s'exprime. Une lettre publique est signée, dénonçant l'occupation agressive en Cisjordanie, disant refuser d'être utilisé pour cela. La majorité des soldats sont en effet postés devant des colonies de suprémacistes, américains ou israéliens, dans les territoires palestiniens. En novembre 2023, un compte anonyme @gen_zin publie un appel à refuser, et le dépose dans les lycées. Tout cela s'inscrit dans la continuité de luttes antérieures communes, et inspirantes, comme la Marche Du Retour.

Refuser le service militaire prend différentes formes :

  • Refus patriote et privilégié Le refus des pilotes de s'engager, pendant le mouvement contre la réforme de la justice en 2023, était une manière de démontrer leur position, et jouer de leur renommée. C'était un refus patriote, voulant « sauver la démocratie ». Refus qui sert à la cause israelienne mais pas à la lutte contre l'apartheid, ni à la levée du blocus de Gaza. Le mouvement social de 2023, même s'il avait majoritairement comme but de sauver les institutions coloniales, a permis de prendre la rue et de grossir le mouvement Refuznik. À en croire les témoignages de Tal Mitsnik, qui dit s'y être formé politquement, c'est grâce aux manifestations qu'il a pu faire le parallèle entre l'occupation agressive et meurtrière en Cisjordanie et le rôle de l'armée.
  • Esquiver l'entrée et retarder le service Refuser l'armée, c'est aussi tout faire pour ne pas y entrer. Pendant des années, les tests sanguins positifs aux substances étaient une excuse pour ne pas engager le ou la soldatE. Ainsi de nombreuses personnes consommaient quelques heures avant les tests. De même, la fragilité psychologique, soumise à tests, est un facteur de rejet de l'armée.
  • Congés et renvoi Refuser l'armée, cela peut être aussi s'engager, et se blesser pour être renvoyé à la maison sous avis médical.
  • Objecteurice de conscience Refuser par pacifisme est possible mais est sujet à jugement et emprisonnement. La peine est reconductible puisqu'après les quelques mois en prison, la personne reçoit de nouveau une notification de service. Refusant à nouveau, la détention est renouvelée. Des témoignages racontent que lors de l'entrevue, l'interlocuteurice crie sur la Refuznik. Si la personne répond, alors elle n'est pas pacifiste, et n'est pas reconnue comme telle. Il est possible de refuser l'armée mais de ne pas le faire publiquement : cela évite les harcèlements et les conséquences professionnelles et sociales. Les personnes qui utilisent cette action de refus comme action de communication politique sont entouréEs, par leurs familles ou par des collectifs comme Yesh Gvul puis Mesarvot.

« Je ne tire pas, je n'enfante pas, ainsi je trahis ma nation » - une lutte indissociable du féminisme

לא יורה ולא יולדת ,בעמי אני בוגדת


« Lo Yora ! Veh Lo Yoledet ! Be Ami, Ani Bogedet ! » Le sionisme, système qui nécessite une armée pour exister et protéger la nation, a besoin d'enfants qui s'engagent à prendre les armes pour le protéger. Les féministes antimilitaristes doutent donc de la possibilité de faire des enfants, si ceux-ci deviendront de la chair à canon ou des meurtriers. Une personne qui refuse est insultée de « traitre à la nation ». Une femme*, qui n'enfante pas, est facilement aussi unE « traitre à son genre ».

C'est une lutte féministe, car les femmes font l'armée. Les LGBTQIA ont longtemps été très harceléEs à l'armée, avant l'effort de propagande nommée pinkwashing [1] qui a permis de porter l'image du gay-et-lesbienne-patriotes.

La lutte contre le pinkwashing et la lutte antimilitariste sont intrinsèquement liés.
Dans les faits, l'homophobie est très présente en Israël. En outre, l'armée coloniale harcèle la communauté LGBTQIA palestinienne, entre autre par messagerie de rencontre, en menaçant après chantage (photos intimes, etc.) de réveler leur expression de genre à leur entourage s'iels n'offrent pas d'informations sur les résistances palestiniennes à Tsahal.

La Pride de Tel-Aviv-Jaffa en Juin 2023 a vu, avec le RadicalBlock, un grand cortège judéo-arabe contre l'apartheid, y liant directement la lutte contre la gentrification de la vieille ville, où la population palestinienne était encore présente, et où l'expression de genre divergent pouvait trouver sa place jusqu'à lors. La Pride de Haïfa a vu une marche palestinienne LGBTQIA très forte. L'association AlQaws et ASWAT militent depuis des années.
Il y a plusieures semaines, le compte @queersinpalestine a lancé un manifeste de libération de la Palestine, qui a trouvé écho mondialement.

photo +972mag « pas de Fiertés sous occupation »

« Ni officier, ni tankiste, mais Refuznike et féministe ! »

לא פקידה, לא טנקיסטית
סרבנית ופמיניסטית


Ainsi, en signifiant que refuser l'armée est une action féministe, le mouvement se protège d'une part du pinkwashing, et d'autre part inclut la lutte des violences faites aux femmes* et la lutte contre le patriarcat au plus large sens : le modèle sioniste est un modèle patriarcal et autoritaire. Le fait d'inclure des femmes, et désormais, depuis peu d'années, des LGBTQIA+ à l'armée, participe au combat de l'État contre les luttes sociétales et pro-palestiniennes. Cela permet au pouvoir de s'insinuer et noyauter le mouvement. Le site du collectif New Profil, association féministe anti-militariste fondée en 1998, source la militarisation de la société et se bat pour la démilitarisation et la fin des discriminations envers les minorités et les Refuznik, en proposant entre autre des ateliers et accompagnement.

« Une génération entière exige de dormir ! »

דור שלם דורש לִישׁוֹן


Ce slogan, 'historique', est un détournement du slogan « une génération entière exige la paix », qui était une ligne utilisée dans les années 1990 (le camp de Ytzkhak Rabbin) annonçant que la divison poliltique se situait entre « la gauche pour la paix et la droite pour la guerre ». Et que par là-même, la gauche était le courant de la jeunesse, et donc du futur.

Ce détournement démontre donc que, au-delà du discours simpliste de « la paix maintenant », il s'agit d'un système. Car, on peut se demander : la « paix pour qui » ? Pour tous et toutes ? Jusqu'à l'égalité des droits et contre l'apartheid ? Ou alors dans le confort de l'occupant, qui ne veut pas plus de « bain de sang » ? C'est le système qu'il nous faut remettre en cause. Un système qui fait mal à la tête. Qui empêche de dormir. Qui fatigue, stresse, maintient dans un cauchemar éveillé. Qui pousse à être toujours prêt, sur le qui-vive, efficace. Un vrai soldat. Un vrai homme. Ce slogan est central, et très important dans le mouvement de jeunesse, qui donne toute sa force à une idée organique plutôt que argumentaire : il faut cesser les guerres et expéditions coloniales, car cela empêche le repos, nécessaire pour toute vie. Le syndrôme post-traumatique et les comportements violents ou suicidaires sont courants après l'armée.

Déserter l'armée, c'est aussi refuser 'd'être violent'. Et ce n'est pas anodin. C'est aussi une manière de replacer le narratif de la violence dans le comportement du dominant, et non du dominé. Ainsi, sans passer son temps à débattre sur « la légitimité ou non de l'opprimé à utiliser la violence » et si « faire des otages » est légitime, ou « jusqu'à quel point un israelien est un civil ou un soldat pour justifier de sa mort » — débat paralysant. Ici la question de la violence est centrée directement sur la source du problème : pour arrêter le « cycle de la violence », ou le « confilt », il faut admettre l'occupation. Autrement dit, sans contrôle militarisé du territoire, les bergers ne seraient pas entassés dans des camps de réfugiés, et la génération d'après ne prendraient pas les armes.

Déserter l'armée, mais servir la communauté. Déserter le service à la société de l'État nation mais servir la construction d'un Commun basé sur le consentement, l'écoute, les besoins communautaires élargis, respectant le paysage. Le mouvement anti-militariste est pour ainsi dire inscrit dans une réflexion totale sur les fondements de la société à refaire.

Servir à rien, ou comment servir au mieux l'humanité. La paresse, comme une volonté radicale de changer le monde. Les lieux de la Palestine, et l'art de vivre, de profiter de la vie, le temps millénaire, aux habitudes qui deviennent des traditions, encouragent la contemplation active. Le temps de la vie ralentit dans ces étendues, arides ou fertiles. Une dissonance abyssale s'installe à qui veut l'entendre, entre le paturage rythmé par les saisons et le colonialisme agressif aux bâtiments contemporains. Entre les horizons des collines et le mur de béton entourant les ghettos. La caricature du bergerE palestinienNe et du bulldozer est cinématographique.

Faire la guerre, devient un ressenti organique contre-nature.

T-shirt « Dir Yassin » punk, 1998, en référence au massacre de 1948, « 50 ans de silenciation nationale »

« Nous mourons, mais sans avoir servi » : l'individu comme force agissante sur le collectif

נמות אבל לא נשרת


Ce slogan, utilisé avant le 7 octobre mais aussi publiquement depuis, vient affirmer une réalité. Oui, nous allons tous mourir. Cessons donc d'agiter la mort comme moteur électoral. Servir à l'armée, c'est chercher la mort. En la donnant plutôt qu'en la subissant. Nous sommes du camp de l'esquive, le camp de la vie tant qu'on le pourra. Il ne s'agit pas du pacifisme moral (où donner la mort est mal) mais du pacifisme du pouvoir agissant. La résilience palestinienne montre la voie. Tenir, sous dictature, c'est aussi aller à contre courant de ses choix d'armes. Nous le voyons au Kurdistan iranien, où, malgré la possession d'armes, le peuple a choisi de ne pas les utiliser massivement (mouvement Femme Vie Liberté 2023), tout en continuant de se battre.

Remettre en question l'éthno-nationalisme. Se dégager de l'obésissance à l'État, c'est remettre en question sa place d'individu dans l'applications de ses besoins. Ainsi, en refusant l'armée, refuser la présence de l'État dans le commandement de la vie individuelle n'est plus un idéal, mais une expérience pratiquée. Une habitude pratiquée par ailleurs par les communautés bergères palestiniennes, qui, en coordination de familles, se partageaient le territoire avant le monopole bureaucratique colonial. Remettre en question l'ethno-nationalisme juif, basé sur des faits bibliques, est plus qu'une position politique, et loin d'être une posture : c'est un fait de cohabition avec la population locale. S'il est vrai que les explications de refus divergent (admettre 1967 comme une erreur mais ne pas parler de 1948, refuser l'armée de dictature mais se battre pour une démocratie...), mêlant sionistes de gauches et décoloniauxLEs anti-sionistes, il n'en reste que la pratique, elle, nourrit le courant décolonial et la fraternité de lutte commune avec les PalestinienNes.

Faire présence en Cisjordanie avec les communautés bergères contre les expulsions. Des groupes d'activistes participent en parallèle à faire présence dans des territoires harcelés par des colons suprémacistes et l'armée. Ces agresseurs brûlent les tentes, entrent dans les grottes pour y casser les affaires des habitantEs, tuent les troupeaux ou les font fuir.
En passant du temps avec les communautés locales, des liens de lutte se sont créés. Ici, l'appel filmé d'une Refuznik en décembre 2023, présente en solidarité Cisjordanie : « je veux que les gens du monde sachent le lexique génocidaire qui est utilisé par le gouvernement extrémiste israëlien ».

Pacifique, mais défenseurSe de territoire La Jeunesse Des Collines נוער הגבעות est un groupe de suprémacistes racistes pratiquants, jeunes, arrivant parfois à cheval ou en Jeep, et ayant leurs propres troupeaux de chèvres. Ils désirent installer des campements juifs sur les lieux d'habitation et paturages palestiniens. L'exemple de Massafer Yatta est parlant. Ces jeunes fascistes sont majoritairement armés, et depuis le 7 octobre, la plupart ont été « enrôlés », inclus dans les forces de Tsahal, et donc légitimes pour tirer. Avant octobre, ces personnes étaient refusées à l'armée pour beaucoup, pour cause « d'extrêmisme ». Les activistes filment les harceleurs et marchent près d'eux, utilisant leurs privilèges israeliens, sans jamais « se toucher ». Cela demande une grande force d'esprit donc, de continuer à travailler la stratégie du nombre, et de ne pas se laisser tenter par une défense et riposte physique contre ces harceleurs, pour éviter une escalade, qui sera protégée par l'armée coloniale. Des groupes palestiniens documentent de même ces luttes.

photo de @mahmoud.photography97 à Massafer Yata

« Les parents pleurent, les enfants s'enfuient de l'armée, et vous recommencez »

La scène musicale, de la pop, au punk, en passant par le raï-synthé-90's, a toujours été un espace d'expression poétique non pas d'indignation, mais de proposition, de contre projet. Le « rien faire », revient dans de nombreuses chansons, sous couvert d'habitude méditerrannéenne (le café clope, sieste, sourire, famille), ou de résilience face à la corruption d'un gouvernement après l'autre. Du milieu punk au milieu techno, se réunir et consommer de l'alcool ou des produits a toujours été une manière de se retrouver autour des marges encore possibles, composer et partager des écrits. Le milieu techno-électro a été gentrifié, et le public s'est élargi. Le « voyage après l'armée » permet aux jeunes sortant de consommer de la cocaine et autres en Thaïlande ou Amérique du Sud. Au retour, la scène électro trouve de nouveaux consommateurices, bien moins dissidentEs.
Le punk a toujours été un lieu d'expression direct.

נכי נאצה - סולחה עם החמאס
מתי יפוצצו עוד קניון
מתי יפוצצו את הבורסה בתל אביב
מתי יפוצצו את השרתון, הבימה
תחנות הטלוויזיה והכבלים

« Quand est-ce qu'on verra explosés, Des Hypermarchés, La bourse de TelAviv, Le gouvernement, La scène, Les chaînes de télévision », 1997, Nekhei Naatza, Un pardon avec le H*am*as

הרחקת יונים - בצבא
לא רוצה לקבל ציון לשבח
לא רוצה להשתתף בטבח
לא רוצה להיות גיבור מלחמה
לא רוצה למות למען המדינה

« Je ne veux pas recevoir de félicitations, Je ne veux pas participer au massacre, Je ne veux pas être un héros de guerre, Je ne veux pas mourir pour le pays », 2001, Harkhakat Yonim, A l'armée

*

Refuser l'armée, ce n'est pas être en dehors de la société au final. C'est faire partie de la société décoloniale. Qui regroupe des millions d'indiviuEs : palestinienNes pour la majorité.

pochette de Nekhei Naatza, punk 1997

Sources

1. MESARVOT (“nous refusons”, au féminin)
Association qui accompagne les personnes refusant le service militaire. Fondé en 2014
https://mesarvot.wixsite.com/mesarvot/
@mesarvot
Ont besoin d'un soutien financier

2. NEW PROFIL
Mouvement féministe anti-militariste, sources, données, éducation
https://newprofile.org/en/
@newprofil_il

3. YESH GVUL ("il y a une limite/frontière)
fondé en 1982 accompagnant les refus militaires.
https://www.yesh-gvul.org.il/english

4. NOAR NEGET DICTATURA (“jeunes contre la dictature”)
@noar_neged_dictatura2023
Pendant le mouvement social contre la réforme judiciaire l'an passé, un mouvement de jeunesse (dont est issu Tal Mitnick) a appelé à refuser l'armée. “Nous ne servirons pas l'armée d'occupation”.

5. RADICAL BLOC TEL AVIV
@radical.bloc.tlv
Bloc de manifestations et actions de blocages
Contre l'occupation
Contre l'apartheid
Pour l'égalité pour tous et toutes de la mer au jourdain
En soutien aux prisonnierEs palestinienNEs

6. SOUTIEN AUX PRISONNIER.ES
Free Jonathan Pollak
@free_jonathan_pollak
Free all political prisoners (palestinienNEs et dissidentEs israelienNEs)

7. ZOCHROT
https://www.zochrot.org/welcome/index/en
Judéo-arabe
sensibiliser les israeliens à la Nakba : lutter pour le droit au retour des réfugiéEs palestinienNEs
@zochrot

8. ANARCHISTES CONTRE LE MUR
Mouvement des années 2000-2010 contre le mur, manifestations communes
toutes les semaines, et actions co-jointes régulières de destruction du mur et barbelés
https://awalls.org/

9. ARCHIVES graphiques, tracts, flyers, en hébreu et anglais / années
1970-2000
https://alllies.org/wp-content/uploads/2013/11/ALLLIES-print.pdf

10. Site de documentation, vidéos, manifestations, du mouvement de 2018 « La Marche du Retour », pendant lequel tous les jours, des palestinienNes marchaient sur la frontière. Des décoloniaux juifves attendaient de l'autre côté.
https://returnsolidarity.wordpress.com

Lutte en Cisjordanie pour le lieu dit Massafer Yatta

@jordan_valley_activists
@goodshepherdcollective
@youthofsumud
@mahmoud.photography97
@save_massaferyatta

Autres comptes subversifs :
@kivsa_schora
@jlmanarchists

Entretien ici avec Atalya Ben Aba et ici avant d'entrer en prison
Quelques images de différentes jeunesses dans un reportage qui n'inclut pas la scène underground ici


[1] Le pinkwashing est une appellation donnée à l'effort d'Israel de faire de Tel Aviv une capitale gay de la méditerranée et du monde, en accusant les pays musulmans, et ainsi les palestinienNEs, d'être moins progressistes, et d'être violents, homophobes. Tout comme le femonationalisme, qui utilise l'excuse du féminisme à des fins islamophobes, xénophobes, c'est un courant réactionnaire.