PROJET AUTOBLOG


Paris-luttes.info

Site original : Paris-luttes.info

⇐ retour index

Mouvement de révolte au centre de rétention de Vincennes, évasions, répression et solidarités à l'extérieur…

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Petit retour sur les événements de décembre 2023.

Màj arrestations du 31/12 : l'affaire fera vraisemblablement l'objet d'un renvoi lors de l'audience du 14 février

Le CRA de Vincennes est l'un des 25 centres de rétention administrative en France dans lesquels l'État enferme des personnes n'ayant pas les bons papiers. Ce CRA, l'un des plus grands et retenant des personnes assignées homme à la naissance, a la particularité d'héberger en son sein une école de police, ce qui permet à l'État d'entraîner sa milice à de nouvelles méthodes pour bien mater tous ceux qui oseraient se révolter et pourrir la vie aux milliers de personnes qui s'y retrouvent chaque année enfermées.

Malgré la volonté des autorités de briser toute solidarité entre retenus et avec l'extérieur en les isolant, ce mois de décembre 2023 a été marqué par un puissant mouvement de rébellion. Bien que répartis dans trois bâtiments, les retenus ont réussi à s'organiser et à résister, refusant ainsi d'attendre passivement de se faire expulser vers leur « pays d'origine », comme le voudrait l'État. Ils ont, par exemple, permis d'éviter à un retenu de se faire expulser en le cachant, ont écrit plusieurs communiqués ensemble et les ont visiblisés…

Encore plus fort, le 25 décembre au matin 11 personnes ont réussi à s'échapper de l'enceinte !! Deux jours plus tôt une première tentative coordonnée entre les enfermés s'était malheureusement soldée par un échec…
Le 26 au soir, en solidarité, des feux d'artifice ont été tirés aux abords du CRA.
Des évasions ou des tentatives d'évasion, il y en a régulièrement dans les CRA (on pense notamment aux 8 personnes qui se sont déjà fait la belle en novembre au CRA Vincennes). Et on en profite ici pour souhaiter bonne route et bon courage aux évadé.es et aux futurs évadé.es !

L'évasion réussie du 25 décembre a particulièrement fait réagir le gouvernement dans le contexte du débat autour de la loi raciste de Darmanin. Le jour J, les médias s'emballent à partir d'une dépêche AFP forçant le préfet de Paris, Nunez, à tenir une conférence de presse au Cra de Vincennes.
Sans suprise Nuñez comme les médias nous servent sur un plateau l'habituelle rengaine raciste de l'État qui diabolise les personnes enfermées et plus généralement les personnes sans papiers.
Le chef des keufs annonce alors un renforcement du dispositif de sécurité dans le CRA et ses alentours et évoque « des tirs de mortiers contre le CRA », en les qualifiant « d'incidents venant de l'extérieur » qui s'ajoutent aux « incidents venant de l'intérieur ».
Depuis l'évasion, les flics harcèlent encore plus les retenus : les rondes se sont multipliées, les chambres sont fouillées plusieurs fois par nuit, les gens sont mis à l'isolement pour un oui ou pour un non…

C'est dans ce contexte, qu'arrive le 31 décembre.
Chaque année, des feux d'atifices sont tirés devant différents lieux d'enfermement en France en solidarité avec les personnes à l'intérieur. Cette année encore en Île-de-France, par exemple, des gens sont allé.es tirer des feux devant les prisons de la Santé, Villepinte et Fleury et devant le CRA du Mesnil Amelot.

À Vincennes ce soir-là, 12 personnes se font interpeller pas loin du CRA et placer en garde à vue pour « groupement en vue de… ». Les médias indiqueront plus tard qu'un sac de feux d'artifice a été retrouvé dans une « une fourgonette fichée ». Les individu.es vont passer 48h en GAV, avant d'être déféré.es au TGI de Paris. Iels ressortiront toustes libres avec un contrôle judiciaire (incluant l'interdiction de paraître aux abords du CRA) et une convocation pour un procès qui aura lieu le 14 février 2024. On leur reproche, selon les personnes, « groupement en vue de », « identité imaginaire », « refus de signalétique » et « transport d'explosif ».

<style type="text/css"> .balise-article-modele article { padding-top: 0.5rem; padding-right: 0.5rem; background-color: #f6f6f6; border-width: 2px 0px 2px 0px; border-style: solid; border-color: #a30006; margin-bottom: 1rem; } .balise-article-modele a { display: inline-block; text-decoration: none !important; } .balise-article-modele h4 { display: inline; margin: 0; font-size: 1.1rem; line-height: 1.6rem; font-weight: 400; color:#a30006; } .balise-article-modele h4 span { color: #696969; } .balise-article-modele p { font-size: 0.889rem; line-height: 1.5rem; margin-top: 0.4rem; color:black; } .balise-article-modele time { font-size: .8rem; color: #696969; font-style: normal; }

Dès le lendemain, des médias, alimentés par les flics, s'en donnent à cœur joie, à grands renforts de sensationalisme. On entend parler d'« invidus fichés S », de « l'ultra gauche », « de personnes coordonnées avec les personnes enfermées en vue d'une évasion », de « matériel pour fabriquer des coktails molotov », d'« explosifs ». Cnews ira même jusqu'à parler d'« attaque mortelle ». Bref, rien de neuf dans leur vision fantasmée, ces gens-là vivent en dehors des réalités des luttes et des révoltes.

Quelles qu'aient été les intentions des 12 personnes du 31 décembre, nous leur exprimons toute notre solidarité !

L‘État montre une fois de plus sa volonté de réprimer et de criminaliser aussi bien les personnes enfermées et les actes de révoltes à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Il serait impossible pour nous d'écrire ce texte sans lier ces événements à la fascisation de la société, marquée notamment par la loi Darmanin, qui vise à rendre impossible la vie des étrangers avec ou sans papiers, ou par les discours haineux vis-à-vis d‘eux déversés tous les jours par les médias.

Durant ces quelques jours, les médias ont une fois de plus justifié l'enfermement des personnes, en disant que ce serait toustes des délinquants, des sortants de prison, des violeurs, des multirécidivistes… Un discours également porté par le gouvernement, Darmanin expliquant que sa loi ne viserait qu'à faire un tri entre bon.nes et mauvais.es migrant.es.
Autant d'arguments de merde. Si les personnes sont enfermées dans les centres de rétention, c'est uniquement parce qu'elles sont étrangères : la majorité des personnes sont enfermées en CRA car elles ont subi un contrôle au faciès dans la rue, une gare, une station de métro et n'ont pas pu présenter « les bons » papiers ; de plus en plus sont aussi envoyées en CRA à la fin de leur peine de prison – c'est la double peine – notamment car leur titre de séjour leur a été retiré, ou car l'administration pénitentière les a empêchées de le renouveller ou de faire un recours contre leur OQTF.
Elles sont enfermées car les frontières permettent de trier des personnes et de créer des divisions entre une soi disante population « nationale » qui aurait le droit de vivre sur un territoire donné et les « étrangers ». Les frontières permettent de contrôler, enfermer, créer des ennemis ou des indésirables. Si elles existent, c'est par l'existence même de la notion d‘État.
Les frontières tuent et continueront de tuer tant qu'elles existeront.
Nous visons à la destruction de tous les CRA, toutes les frontières, tous les États, toutes les prisons et à toute forme d'autorité.

C'est la notion même d'enfermement qui nous dégoûte. Toutes les différentes formes de pouvoir veulent nous mener à une acceptation absolue de l'enfermement, même dans ses formes les plus « sociales démocratiques » : il serait justifiable a minima d'enfermer les « déviants », les « violeurs », les « multi-récidivistes », etc.
Nous refusons cette catégorisation et cette façon de décider qui serait légitime à être enfermé.e ou pas. Nous ne croyons pas en la justice punitive, nous ne croyons pas en la justice dictée par des lois, des juges, un pouvoir.

Que brûlent tous les lieux d'enfermement que ce soit des prisons, des CRA, des hôpitaux psychiatriques, des cellules de commissariats ou de palais de justice…

Continuons à montrer notre solidarité avec les gens enfermé.es, en étant en lien avec elleux, en diffusant leur parole et leurs revendications, en montrant activement notre soutien (par des feux d'artifices à l'extérieur par exemple), en imaginant sans cesse des nouvelles formes de solidarité. Continuons à lutter contre et attaquer les frontières, partout où elles se trouvent et sous toutes leurs formes, des centres de rétention aux boîtes qui se font de la thune dessus, en passant par les bureaux de la PAF (police aux frontières)…

Soyons solidaires avec les personnes révoltées à l'intérieur comme à l'extérieur ! Et avec toustes les prisonnier.e.s !

Soyons présent.e.s massivement le 14 février au TGI de Paris en soutien aux personnes inculpées suite aux arrestations du 31 décembre, comme aux audiences devant le juge des libertés qui renouvelle la durée de détention des retenu.e.s enfermé.e.s en CRA !

Que brûlent les CRA !
Feu aux frontières, feu aux prisons !

La France condamnée pour la nasse du 21 octobre 2010 ; et après ?

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

La CEDH a rendu aujourd'hui 08/02/2024 son verdict sur l'affaire de la nasse du 21 octobre 2010.
Après 13 ans de bataille juridique et militante, si la France a été condamnée à payer 1 714,28 euros aux requérants, la décision n'est pas une victoire politique. Article publié sur Rebellyon

Le 21 octobre 2010 : que s'est-il passé ?

(Cette partie est tirée de la brochure « documentaire du collectif du 21 octobre »)

"L'appel à manifester du jeudi 21 octobre 2010 a été lancé par des syndicats lycéens et étudiants plusieurs jours auparavant, dans une période charnière de la mobilisation où les raffineries étaient encore en grève et où la jeunesse était déjà bien engagée dans le mouvement. Chaque jour, entre 13/14h, la place Bellecour était devenue le point central de rencontre de la jeunesse lycéenne (Lyon et banlieue confondus). Dans les cortèges, la diversité des jeunes devenait plus visible et bruyante et la présence policière se faisait plus répressive à l'arrivée des manifestations. La presse locale se complaisait à titrer sur les seules violences et voitures brûlées et faisait de Lyon de façon démesurée une ville en « état de siège », en proie aux "casseurs" à l'image de celle du Progrès du 20 octobre 2010.

Brice Hortefeux, alors ministre de l'intérieur, présent à Lyon le 20 renchérissait en déclarant « La France n'appartient pas aux casseurs ». La mise en actes de cette déclaration se fera le lendemain. Ce jeudi, alors que la manifestation autorisée se mettait en place place Antonin Poncet, à quelques pas de là, place Bellecour, ceux et celles qui s'y étaient donnéEs rendez-vous n'ont pu franchir la rue qui séparait les deux places et se joindre à la manifestation. Un dispositif de police démesuré avait nassé la place Bellecour (GIGN, voltigeur, hélicoptère qui filme toute la journée, deux canons à eau).

Entre 13h30 et 19h30, plus de sept cents personnes, majoritairement des jeunes, voire même des mineurEs, et même des personnes qui n'avaient rien à voir avec la manifestation ont été séquestrées sans aucune justification, sans explication. Beaucoup d'entre elles ont été insultées, humiliées par les forces de police, pour certaines flashballées, aspergées de gaz lacrymogène, arrosées avec des canons à eau en l'absence même de provocation ou de rébellion. Ces attaques inattendues car injustifiées étaient entrecoupées de longs moments d'attente tendue. Au cours de l'après-midi, de nombreuses provocations et brimades émanant des forces de l'ordre se sont multipliées. Les témoignages convergent pour dénoncer une discrimination au faciès flagrante et des propos insultants et racistes : les plus âgéEs, les plus organiséEs, les moins bronzéEs ont pu sortir, les autres non. Notons que les violences physiques ont semblé plutôt banales pour certains jeunes de banlieues. Et pour clôturer ce dispositif, au bout de sept heures d'enfermement, les jeunes ont dû faire la queue pour subir des contrôles d'identité et photographies pour fichage. Celles/ceux qui ne pouvaient justifier de leur identité ont été embarquéEs dans des bus.

En bref, une garde à vue de 700 personnes pendant plus de 7 heures sans justification dans des conditions choquantes. Rappelons que quand une personne est en garde à vue, elle a le droit de voir immédiatement un avocat, un médecin, d'aller aux WC et de savoir ce qu'on lui reproche !"

De nombreux·ses mineur·es ont été arrété·es et/ou retenu·es dans cette nasse

Ce qu'en dit la CEDH

Évidemment, la cour européenne des droits de l'homme n'étant pas une alliée, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'elle lise le tri effectué à l'intérieur de la nasse comme un comportement raciste de la part des keufs, ni même qu'elle fasse mention des violences subies par les personnes présentes.

<style> .lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }

Des nouvelles des inculpé·es de la Saint-Sylvestre

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Dans la soirée du 31 décembre dernier, 12 personnes ont été arrêtées dans le bois de Vincennes à proximité du centre de rétention administrative et placées en garde-à-vue. Elles seront déférées au tribunal de Paris le 3 janvier, et renvoyées en procès, chacune pour un à cinq des chefs d'inculpation suivants : « groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations », « transport d'explosifs », « refus de signalétique », « identité imaginaire », « refus de donner les codes de dévérouillage du téléphone ».

La première audience sera ce mercredi 14 janvier, lors de laquelle un report sera demandé et certainement obtenu.
Ce texte est un récit qui revient sur des moments intéressants ou marquants de la GAV qui s'est déroulée majoritairement dans les locaux de la Sûreté territoriale de Paris. C'est un récit plus ou moins général, qui par moment intègre des bouts de récit plus personnel, écrits à la 1re personne par certain·es inculpé·es. Il comporte aussi des récits des prises d'empreintes de force et des tentatives d'y résister (TW violences des keufs).

Les identités : avantages d'être sous X ou faux nom

Au départ, on est séparé·es dans 2 commissariats, celui du 10e et celui du 20e et chaque groupe d'arrêté·es choisira une technique d'anonymisation différente. Hormis celleux qui avaient des justificatifs d'identité sur elleux au moment de l'interpellation, dans le 20e on choisit la fausse identité tandis que dans le 10e on est sous "X". Au final, sur les 12 inculpé·es, 4 seront sous "X", 5 sous fausse identité et 3 ont leur pièce d'identité.
A posteriori, on se dit que c'était utile de ne pas donner nos véritables identités par nous-mêmes. Car pendant les 48H, les flics ont dû charbonner en priorité là-dessus. Vu le peu d'éléments qui leur ont été donnés au départ, les actes d'enquête pourtant nombreux qu'iels ont fait (et leur volonté de nous charger sur cette affaire) n'ont pas abouti à grand chose (le dossier reste assez vide). Autrement dit retrouver nos identités leur a demandé beaucoup d'énergie qu'iels auraient pu mettre ailleurs.

L'avantage d'être sous fausse identité c'est que les flics peuvent penser que c'est une vraie. Après, c'est quand même assez facilement vérifiable pour elleux par d'autres moyens. Ça dépend un peu du contexte d'interpellation, s'iels se doutent que c'est probable qu'on donne une fausse identité ou pas. En tout cas, s'iels gobent le faux nom et qu'il y a finalement rappel à la loi par exemple, la personne peut sortir sans qu'il n'y ait aucune trace de son passage en GAV. S'il y a convocation pour un procès futur, pareil, la personne est libre de ne pas se présenter à ce procès. Un des inconvénients de la fausse identité c'est que ça peut nous faire un chef d'inculpation en plus (mais pas systématique et mineur), mais aussi ça nous fait beaucoup de récidive si on le fait à chaque fois et on peut se retrouver avec un casier avec plusieurs condamnations pour identité imaginaire.

L'avantage d'être sous X c'est que les flics sont perdu.es dans les papiers, iels ne savent plus qui est qui, ont du mal à différencier les gardé.es-à-vues, ce dont on peut jouer. Après qu'iels soient perdu.es ou pas, dépend aussi pas mal de notre attitude : si c'est pas quelque chose auquel on avait pensé en entrant sous X, on se retrouve souvent malgré soi à leur faciliter le travail, en répondant par réflexe à la dénomination (X1, X2, etc.) qu'iels nous attribuent, ou bien lorsqu'iels viennent demander si oui ou non il s'agit bien de notre fouille, etc. Tout ça pour dire qu'entraver le travail des flics implique quand même une démarche active, autrement on se voit répondre à ces petites questions "anodines" souvent posées en cellule. Enfin, être sous X n'est pas répréhensible par la loi. L'inconvénient c'est que c'est aussi très probable (mais pas certain) qu'iels renouvellent la GAV et nous défèrent car n'ayant aucune identité.

Avocate mystère

La première nuit vers 2 heures du matin, les flics viennent réveiller un camarade dans sa cellule en lui disant que sa commise d'office est là pour lui. Chelou, car il a demandé un avocat choisi... Mais il y va, après tout, ça le fait voir autre chose que les quatre murs gris de sa cellule. La meuf, en pantalon de cuir large et petit pull en laine se présente rapidement, lui pose des questions sur les faits et insiste sur sa grande identité. Elle dit qu'elle en a besoin pour les papiers d'AJ (Aide Juridictionnelle). Le camarade ne répond pas à ses questions, et lui dit qu'aucun de ses avocat·es par le passé n'a eu besoin de ça. Elle rétorque qu'elle doit remplir ce papier avec sa filiation et sa situation de vie, à retourner au tribunal pour être payée. Elle ajoute qu'il ne faut pas s'inquiéter, car c'est différent des papiers qu'elle laissera au comico, sous-entendant que les flics n'auront pas accès à sa grande identité, qu'il n'a pas voulu donner à l'OPJ en arrivant. Après quelques échanges inutiles, où elle refuse de contacter son avocat choisi et de lui faire passer un message, toustes deux se disent au revoir. Quand le camarade ouvre la porte, un flic qui s'est cru au camping est posté là sur une chaise pliante, la tête à 5 cm de la porte, ayant écouté tout le dialogue. En retournant en cellule, les camarades se disent que c'est chelou cette histoire car les commis·es n'ont pas besoin de remplir les papiers d'AJ, en plus il est 2h du mat un 1er janvier. Finalement, après être sortie·s et avoir eu accès au dossier, aucune trace du passage de cette "avocate" dans les procédures. Sûrement une flic un peu zélée qui a tenté au bluff de partir à la pêche aux infos d'identification, du jamais vu par ici !

Sortir les infos : appeler un.e proche

Dès le début de la GAV, l'un·e d'entre nous demande à faire prévenir sa "cousine", en donnant son prénom, son nom de famille écorché et son numéro de téléphone de tête (c'est pas possible de faire appeler quelqu'un·e de son entourage autrement, alors il faut exercer sa mémoire...!) Cette personne est en réalité un·e ami·e qui s'occupe de l'anti-répression dehors, mais parler d'un·e membre de la famille, ça fait en général plus "sérieux" pour les flics.
Ça ne fonctionne pas toujours, mais cette fois iels ont transmis le message au parquet, la "cousine" a été prévenu·e le soir-même, et il lui a été dit dans quel commissariat nous étions.
Ça ne semblait pas évident pourtant, l'OPJ ayant pris note de tout ce qui lui était dit sur une feuille volante à notre arrivée dans le commissariat du 20e. Mais, du coup, ça valait la peine d'essayer !

Plus tard, une fois arrivée à la Sûreté Territoriale (1er arrondissement), sachant qu'il était possible de demander à passer un appel soi-même à un·e proche, la personne demande à l'OPJ qui l'auditionne d'appeler en direct sa "cousine" au téléphone pendant l'audition, ce que l'OPJ accepte (ce ne sera pas le cas pour une autre compagnonne). L'OPJ se permet à ce moment-là une remarque du style "ah c'est votre cousine ? je pensais que c'était votre concubine...?!" alors qu'elle fait face à une personne assignée femme - elle s'imagine sans doute que ça va la déstabiliser.

En tout cas, ce moment aura permis de vérifier que la "cousine" était bien au courant, qu'elle savait où en était notre procédure et que les gens dehors s'occupaient de nos garanties de représentation. Mais aussi de s'assurer qu'elle était bien en contact avec l'avocate qui était venue nous voir en GAV. De même, en arrivant au dépôt du tribunal le soir du déferrement, elle a de nouveau été prévenue (c'est possible de le demander au moment où on nous demande de décliner notre état civil, avant de passer à la fouille).

Arrivée à la Sûreté territoriale

Dans la matinée du 1er on est transféré·es au commissariat de la "Sûreté territoriale de Paris", dans le centre de la capitale, près des Halles. Selon les flics, parce qu'on est dans une "affaire sensible" et que le dossier est "particulièrement suivi". L'année commençait bien pour nous. Là, iels nous font rentrer un·e par un·e et direct, au milieu de ce couloir rempli de flics, on a le droit à un coup de pression sur la prise d'empreintes de force à venir.

« Iels me lancent "alors, prête pour la prise d'empreintes forcée ?". Je flippe mais ne veux pas leur laisser le plaisir de le constater. Alors je rétorque avec provoc "allez, c'est parti." »

Dans ce comico, certain·es keufs nous font comprendre qu'on serait inculpé·es d'association de malfaiteurs. Ça pue. Sans doute pour mettre la pression et faire parler rapidement, puisque la suite montrera que c'était du flan.

Les auditions permettront aux prévenu⋅es d'admirer les locaux excentriques à souhait, de la lampe de bureau en forme de gros gun en or, à la vue qui donne sur la cour intérieure de cet ilôt urbain signé Dominique Perrault, mixant espace coworking cosy, hôtel cinq étoiles, restaurant concept et agence de La Poste, tout en écrans géants animés éco friendly.

La perquiz d'un camion

L'un·e des inculpé·es a été emmené·e pour la perquisition d'un véhicule, elle nous en fait ce récit :

« À l'arrivée à la Sûreté, les flics trouvent une clé de véhicule dans ma fouille, iels frétillent, c'est ce qu'iels cherchaient car un camion "louche" a été trouvé dans les parages de l'interpellation. Quelques dizaines de minutes plus tard iels viennent me chercher en cellule pour "une perquisition". Je préviens les autres en criant, quelqu'un·e me répond qu'on est là pour association de malfaiteurs (à moi les flics m'avaient dit groupement). Du coup je pars pour la perquiz' avec cette info en tête ce qui ne va pas m'aider à bien vivre le moment.

Je suis emmenée en voiture jusque dans l'enceinte du CRA de Vincennes par un commissaire et son adjoint qui le vouvoie. "Comme ça tu vas le voir de l'intérieur haha". Des flics leur indiquent un parking et ils finissent par trouver le camion. Il est dans un périmètre de sécurité balisé par des plots.
Dans un premier temps ils me laissent dans la voiture garée plus loin, porte ouverte. Ils vérifient que la clé correspond, et attendent qu'un "chien explosif" vienne vérifier que le camion n'est pas dangereux. On est arrivé à la bourre du coup le chien était reparti, on attend qu'il revienne, c'est long. L'équipe de déminage est elle déjà présente, j'en entends un qui explique un peu embarrassé au commissaire que faut être précis sur les termes et que "ça c'est pas un véhicule suspect". J'arrive pas à saisir plus car je suis loin, mais en tout cas je vois bien l'absurdité de faire tout le cérémonial de prévention explosif comme si le camion pouvait être piégé alors qu'iels l'ont remorqué pour le mettre de leur plein gré dans l'enceinte d'une taule...

Sans surprise, une fois Kiki le malinois arrivé il ne constate rien de dangereux (le sac poubelle contenant les feux d'artifice a été sorti le temps de son inspection, pour ne pas le perturber j'imagine) et la perquiz peut commencer. Ils me sortent de la voiture et me flanquent debout à côté du camion sous le regard de plein de flics du CRA venu.es voir si c'est bien vrai ce qu'on dit dans les journaux. Une déçue, à un nouvel arrivant : "Y'a pas de cocktails molotovs apparemment". Et toustes de me dévisager comme une bête de foire, peut-être la première fois qu'iels voient une anarchiste de près, si tant est qu'iels sachent ce que ce mot veut dire : "Regarde, c'est la fille à Jean-Luc". Au loin, il y a un monsieur bien habillé, caricature de bourgeois, entouré de sa cour, qui jette également un coup d'œil, je me dis que c'est le directeur du CRA. Bref, la mise en scène est assez désagréable, d'un coup j'ai l'impression d'être Mesrine et je me sens très vulnérable et inquiète. Sans compter que le temps est long et que je suis menottée depuis ma sortie de cellule, ce qui commence à me faire de sérieuses douleurs dans les épaules, et en plus je me caille le cul.

De leur côté, iels prennent tout leur temps. Le "labo" intervient une première fois pour faire trois relevés d'ADN (sur le volant et des canettes de bières). Ensuite le commissaire et son adjoint font la fouille, ils sortent chaque objet qui les intéresse du véhicule, m'interrogent (sans réponse) et les placent sous scellé. Mis à part le passeport d'une tierce personne qu'ils signalent "écarter pour les besoins de l'enquête", sans aucun statut juridique, et qui a certainement fini à la poubelle après avoir été utilisé durant certaines auditions. Un bout de shit finit lui dans la pelouse du CRA : "On va pas se prendre la tête pour ça hein, je le jette ???". Le "labo" intervient de nouveau pour mettre de la poudre noire sur chaque cm2 de la carrosserie et des vitres du camion et tous les objets qui s'y trouvaient, mais ne trouvent aucune empreinte exploitable (?!). Finalement, iels m'annoncent qu'iels vont remettre le camion dans la rue : "On aurait pu vous faire chier et le laisser ici mais bon ça aurait été aussi chiant pour les collègues du CRA, puis bon on va pas s'amuser à ça".
Suite à ça iels vont toustes nous rajouter "transport d'explosifs" comme chef d'inculpation. »

Presse et avocat·es

Une avocate se pointe au comico, elle remplace un avocat choisi car elle fait partie du même cabinet. Lors de l'entretien avocat, elle nous informe d'un tweet publié par un journaliste de Valeurs Actuelles d'après une source policière qui concerne notre affaire. Ce tweet parle d'un "véhicule fiché" dans lequel sont "retrouvés des mortiers, fusées d'artifices et autres objets pyrotechniques" et fait le lien avec les évasions du 25 décembre et de possibles tentatives d'évasions.
Le lendemain, elle nous dit que tous les médias d'extrême droite comme Valeurs Actuelles, CNews, Europe 1 mais aussi Le Parisien et la presse régionnale ont écrit des articles sur "un projet d'attaque mortelle déjouée au CRA de Vincennes" (CNews) ... la pression monte quelque peu.

RAD

Lors de la totalité des interrogatoires, les 12 inculpé·es n'ont "rien à déclarer", sachant pertinemment que c'est notre droit et que parler revient à remplir inutilement le dossier en se chargeant soi-même ou les autres. Lors des auditions des questions ont été posées sur le véhicule perquisitionné, la présence de feux d'artifice, la personne dont le passeport a été trouvé, nos liens entre nous, etc. Mais aussi si on faisait partie d'un groupe politique défini.

« Iels tentaient des petites manip pour faire réagir et parler en audition, par exemple "Pourquoi gardez-vous le silence si ce n'est pour échapper à vos responsabilités et obéir à vos idéaux anarchistes ?" ou un simple "Vous avez quel âge déjà ?" dans un couloir. »

Se parler entre cellules, se brieffer

Un truc qui était cool c'était que bien qu'on ne pouvait pas se voir entre cellules, on pouvait communiquer en gueulant. De cette manière, on a pu échanger sur la situation, se rassurer, se donner les informations sur ce qui allait se passer ensuite. Ou bien se donner de la force pour essayer de résister à la prise d'empreinte.

Prise d'empreinte (TW violences policières)

Depuis notre arrivée à la Sûreté, les keufs nous mettaient régulièrement la pression pour qu'on donne nos empreintes. La menace de la prise forcée était donc bien présente dans nos esprits. Surtout qu'iels nous avait rajouté le chef d'inculpation de "détention d'explosifs" ce qui leur permettait légalement de le faire.

« Le deuxième jour, l'OPJ est venue me chercher dans ma cellule pour une nouvelle audition, je savais que la prise d'empreinte forcée risquait bientôt d'arriver donc je me méfiais un peu. Surtout qu'une des potes était partie en audition avec cette même OPJ il y a pas longtemps mais n'était pas redescendue... Bizarre. Mais bon je sais pas trop pourquoi, je décide d'y aller quand même.

Il faut savoir que avant ça dans notre cellule (on était 5) on s'était motivé⋅es collectivement pour essayer de résister au moment de la prise d'empreintes. On avait prévu de refuser de sortir de la cellule, de se tenir les un⋅es aux autres et de faire un max de bruit. On en avait parlé entre cellules aussi. On voulait que ça leur prenne un max de temps et que ça leur coûte un peu. On se disait d'essayer de les fatiguer au maximum, que peut-être comme ça iels auraient la flemme pour les derniers. Mais que on faisait aussi ce qu'on se sentait de faire, que si ça nous faisait trop flipper c'était OK de ne pas résister, ou moins, ou d'une autre manière.

Aussi on était que des personnes blanches, ce qui participe sûrement au fait que les keufs ne se soient pas trop défoulé⋅es. En vrai, ça arrive souvent que les flics soient bien plus véner à ce moment là, qu'iels utilisent leurs tasers ou tapent même les personnes blanches.

Bref, l'audition se finit. On me sort du bureau et là, en plein milieu d'une sorte d'intersection de couloirs m'attendent une vingtaine de keufs. Je me met à trembler instantanément mais essaie que ça ne se voit pas trop (raté). Je me prépare mentalement, je regarde partout autour de moi. Sur une table les keufs ont ramené la machine à encre et le papier. Je demande un⋅e avocat⋅e. On me dit que c'est mort, que les empreintes c'est maintenant, et que le seul choix qu'il me reste c'est de les donner de moi-même.

Je serre mes poings dans mes poches et refuse. Plusieurs flics m'attrapent alors et essaient de choper mes mains. Je flippe, je hurle. Je refuse de me tenir debout et de marcher moi-même vers la table. Qu'iels me portent. C'est ce qu'iels finiront par faire. Après une petite pause leur permettant de reprendre leur souffle puant, iels me choperont les pieds pour me mettre en lévitation à l'horizontale. Clé de genou, clé de bras, des keufs tenant chaque bout de membre. Je ne peux plus gigoter comme avant, je ne sens plus ma main du tout.

Les empreintes et les photos finies, on me redescend en cellule.

J'ai la rage et crie aux autres que les prises d'empreintes commencent. On tape aux portes des cellules et hurle. Dès que les keufs reviennent choper quelqu'un.e on essaie de résister comme on peut. Je suis claqué mais je donne tout ce que je peux. Ça me défoule. »

« C'était long et fatiguant pour moi aussi. Tout était filmé avec une petite caméra et, bien que j'aie évidemment eu mal, j'aurais dit qu'iels auraient pu se lâcher encore plus. Peut-être que c'est que je me débattais pas tant que ça non plus. Quoiqu'il en soit, je fais ce que je peux pour maintenir mes poings fermés. Iels sont très nombreux⋅ses, une vingtaine autour et sur moi face à ce bout de table posé dans ce bout de couloir. C'était étonnant de voir tous ces nazes en chier autant pour déplier un simple doigt. Ça glissait tellement on transpirait tous. Je revoie le sbire de la scientifique tout rouge, le front qui perle de sueur. Tentant sans doute le tout pour le tout, il y en a un qui a essayé de me déstabiliser en me chatouillant un pied. Malgré mes efforts (chiffonner la feuille etc ;) les traces seront exploitables et inscrites au FAED selon le dossier.
"Si tu craches je vais m'énerver" me lance la capitaine avec son petit appareil photo face à moi. "Arrête de bouger c'est pas de très bonne qualité sinon. On peut pas s'offrir du bon matériel avec les impôts que tu paies pas." Entre la grosse paluche qui me serre les joues et le pouce qui appuie sur ma machoire au niveau de l'oreille, j'essaie de reprendre du souffle et d'articuler que Lumix est une multinationale qui n'a pas besoin de recevoir de fric pour équiper la police, qu'on m'a déjà pris plusieurs fois en photo c'est dommage qu'iels se donnent autant de peine, et bref que c'est tous des nazes. »

Une prise avortée :

« En lisant le dossier plusieurs jours après, je remarque que je m'en suis tirée sans inscription de mes empreintes au FAED malgré la prise forcée. Bonne nouvelle, que me vaut ce petit traitement de faveur ? Le PV décrivant ma prise d'empreinte ne dit quasiment rien, si ce n'est "vu la tentative de relevé d'empreintes digitales concernant [x] dont ce fut un échec au vu de son attitude". Alors que d'autres PV sont plus fournis (coups de pieds, morsures, "[x] se jette à terre"...).

J'ai quand même ma petite idée, et je ne sais pas si c'est mon interprétation qui biaise mon souvenir mais j'ai le sentiment diffus qu'iels avaient un peu de mal à assumer de s'acharner sur une petite blanche comme moi. Je pèse 42kg, ça se lit bien à la largeur de mes poignets et de mes bras. Qui sait, j'ai peut-être le gabarit de leur adolescente à la maison.

Quand iels m'ont soulevé les jambes, pour me mettre à l'horizontale, dans cette position ô combien humiliante, j'entendais une OPJ derrière avec son air inquiet : "allez-y doucement, elle est toute mince". Avec le haut du corps écrasé contre la table tandis qu'une équipe de 3-4 flics s'occupaient du bras et de la main au bout qui les intéresse, je me suis uniquement acharnée à garder mon (tout petit) poing fermé lol, j'étais pas en train de me débattre de tout mon corps non plus. Ce qui n'aidait pas leur mauvaise conscience je pense.

En tout cas, quand au bout d'un moment le gars de la scientifique, après s'y être repris à deux fois sur la même main, a dit : "pff elle transpire trop [entendre de la main], est-ce qu'on s'arrête là ?", personne autour n'a insisté pour poursuivre. Peut être qu'en fait tout le monde était soulagé (?).

Une fois terminée (empreintes, photos), qu'on te remet en position verticale merci, il y a cette assemblée de gens autour de moi qui me dévisagent longuement, dans le plus grand silence, image vraiment bizarre qui restera gravée dans ma mémoire. »

Une non-prise d'empreintes :

« Vu que j'avais ma carte d'identité sur moi, iels avaient pas le droit de prendre mes empreintes de force, quels que soient les chefs d'accusations. J'ai quand même reçu la réquisition du proc sur laquelle était bien précisé, à tort donc, qu'il n'y avait aucun autre moyen de vérifier mon identité. S'en est donc suivi plusieurs argumentations bruyantes avec divers OPJ afin de faire valoir qu'iels n'avaient pas le droit de faire ça.

On avait un peu préparé notre stratégie pour résister et on se tenait entre nous pour rendre la tâche de nous sortir des cellules plus difficile pour les keufs. C'était hyper impressionnant, iels venaient à une dizaine à chaque fois et les ami⋅x pris⋅es se débattaient et criaient. Nous pendant ce temps on gueulait, on frappait sur les vitres des cellules avec nos poings et nos pieds pour faire un maximum de bruit et leur rendre la tâche plus stressante, et aussi pour donner de la force aux copain.es quand iels étaient emmené⋅es.

Iels sont venu⋅es chercher les compagnon⋅es les un⋅x après les autres, à chaque fois qu'iels revenaient, j'étais sûre que j'allais être la prochaine. À un moment, presque tout le monde était déjà passé, alors je me préparais mentalement et physiquement. J'avais fait un élastique pour mes cheveux avec un des sacs plastique du kit hygiène et un des ami⋅x avait dit qu'attraper le fond de ses poches ou serrer un paquet de mouchoir dans sa poche avait bien marché. Je me souviens plus d'où est sortie l'idée à ce moment hyper chaotique mais je me suis dit qu'il fallait que je me dégueulasse les mains le plus possible. Quelques secondes plus tard j'étais en train de remplir ces fameux kits d'hygiène décidément très multifonctionnels du succulent et graisseux riz méditerranéen qu'on avait pas eu le temps de manger avant le début de la bataille. J'attendais assise dans mon coin de cellule avec les mains plongées dans les sacs plastiques cachés dans mes poches, des poignées de riz bien écrasés dans mes paumes. J'avais hyper peur à ce moment mais je crois que je riais aux larmes tellement la situation était absurde.

Finalement ça y est, la petite armée arrive à quelque un.es dans la cellule et appellent mon nom, moi j'avais déjà commencé à crier que j'avais ma carte d'identité alors j'entendais même pas ce que la flic essayait de me dire. Elle me demande si je veux donner mes empreintes. "Bah non." "Et bah ok !" elle répond agacée avant de tourner les talons et s'en aller avec sa clique. Je reste perplexe.

La technique avait été transmise à la cellule d'à côté qui a tenté l'expérience comme en atteste cet hilarant passage du dossier :

« Celles-ci ont les mains dans des petits sacs en plastiques (ceux issus du kit d'hygiène) dans lesquels se trouve la nourriture qui leur a été donnée antérieurement. Remarquons que les deux femmes triturent la nourriture tout en nous regardant fixement. »

Les keufs elleux ont cru à une préparation d'attaque de bouffe et sont venu⋅es, armé⋅es, des matelas en guise de bouclier, leur confisquer la totalité des trucs dans leur cellule qui aurait pu servir de projectile.

La résistance remarquable des compagnon⋅nes à la prise d'empreinte forcée aura donc au moins donné la grande flemme aux flics de me les prendre à moi, malgré la réquisition. »

Les keufs finiront par confisquer la nourriture de tout le monde avant qu'on ait le temps d'y toucher, et se vengeront en restreignant au maximum l'accès au toilettes et à l'eau le reste de la GAV.

Une prise d'ADN par la ruse :

« Je n'arrivais plus à respirer à la fin de la prise de signalétique de force du coup les flics ont appelé les pompiers. En les attendant iels me mettent dans une cellule dans l'entrée, porte ouverte, iels sont plusieurs devant la porte et la chef qui a supervisé la prise de force s'assoit à côté de moi à l'intérieur.

Elle fait la gentille, et en chemin elle m'avait proposé un verre d'eau que j'avais accepté. Elle me demande plusieurs fois si je reveux de l'eau et d'un coup je me rends compte que c'est pas une bonne idée que les flics récupèrent ce gobelet. Jusque là j'ai pris soin de jeter mes couverts et gobelets à la poubelle ou de les racler dans les chiottes de la cellule, pour essayer de mélanger d'autres ADN au mien. Le fait d'être deux en cellule aide aussi à ce qu'iels ne puissent pas déterminer quoi appartient à qui. Mais là je me retrouve piégée au milieu d'eux avec mon gobelet. Du coup je réponds non aux propositions de la chef de reremplir le gobelet en espérant trouver un moment pour le jeter dans une poubelle. Elle finit par me le prendre des mains "bon bin si t'en veux plus", le donne à une autre flic devant la cellule en lui glissant un mot à l'oreille, et se casse.

Ça me semble maintenant sûr ce qu'iels ont derrière la tête, je dis à l'autre flic que je reveux bien un peu d'eau finalement, elle le remplit et me le donne direct, je le bois puis le racle au sol. Iels me le reprennent tout de suite donc vraiment pas sûr que j'ai réussi à saboter le truc. »

Douche

Après plusieurs passages aux toilettes, un camarade remarque avec étonnement qu'il y a en fait une douche dans ces chiottes de GAV ! Les flics l'ont sûrement eux-mêmes oubliée !

« Après m'être donné corps et âme pour le raffut des prises d'empreintes forcées, et puant littéralement des aisselles et probablement de partout ailleurs, je me dis qu'une petite douche, ça serait amplement mérité après une si belle rébellion. Me doutant qu'aucun gardé-à-vue ne l'a probablement utilisée depuis des mois (voire des années ?), et que les flics ne verraient pas d'un très bon œil que je me prélasse sous l'eau chaude de la Sûreté, je demande une nouvelle fois naïvement à aller aux toilettes, ayant au préalable fourré les serviettes hygiéniques du kit d'hygiène dans mes poches, en guise de serviette de toilette. Une fois la porte rabattue (elle ne ferme pas), je me désappe ni une ni deux. L'eau est bel et bien chaude ! Quel plaisir ! Et il y a même du savon à l'amande, que j'applique sur mon doux corps, savourant ce moment unique dans l'histoire de mes GAV. Quoi de mieux ? Je me dis que si les flics entrent parce qu'iels se doutent de quelque chose, iels seront plus gêné.es que moi, me sachant sans pudeur aucune. »

Dans le couloir sur le chemin du retour en cellule, il se pavane en caleçon, quand... chouip ! il manque de se casser la gueule, ses pompes étant toutes mouillées, mais les flics ne captent rien, malgré son sourire en coin.

Audition 2 : vous vous reconnaissez sur la photo ?

« Pour m'emmener à ma 2e audition, les flics viennent me chercher en cellule. Et là pour la première fois iels me menottent pour monter. Je trouve ça chelou alors je me méfie. Puis mon OPJ m'appelle pour la première fois par mon vrai blaz, alors que je suis sous faux nom depuis le début. J'essaie de rien laisser transparaître. Elle me demande combien je mesure. Là je me mets à phaser genre "Merde, iels prétextent une audition mais me remmènent pour un 2e tour d'empreintes forcées". La mesure de la taille ayant généralement lieu en même temps que la prise d'empreinte et faisant partie de la signalétique. Du coup, je me remets à me rebeller, je refais le poids mort au sol et gigote dans tous les sens, iels sont obligé⋅es de me re-porter sur 2 étages, à cinq ou six, pour finalement... m'asseoir sur ma chaise d'audition dans le bureau de mon OPJ. Pas de 2e prise d'empreinte de force, ouf ! Mon OPJ, spécialisée dans les cambriolages d'importance, procède à mon audition normalement et à la fin me demande, vous confirmez vous appeler [faux blaze] ? Je confirme. Et là elle me sort une grosse photo de quelqu'un de très bg en me demandant, reconnaissez-vous la personne sur la photo ? Il s'agit de ma photo de passeport. Je n'ai rien à déclarer et fais un petit poker face inutile ; iels ont bel et bien retrouvé mon état civil. »

Les flics retrouveront les identités de toustes les arrêté⋅es sauf une, avant le déferrement.

Déferrement

Au final on est déferré⋅es, et 2 d'entre nous sont orienté⋅es en Comparution immédiate (CI en jargon juridique) tandis que les 10 autres sont orienté⋅es en CPVCJ, aka passer devant le juge des libertés et qu'on nous mette un CJ (Contrôle Judiciaire) jusqu'au procès. La distinction entre qui passe en CI et qui passe en CPVCJ c'est faite sur la base des antécédents judiciaires (TAJ) des inculpé⋅es (précédentes GAV, procès, etc.)

Pour les 10, la proc' a demandé une interdiction du 12e arrondissement, une interdiction de se voir et un pointage 1 fois par semaine au commissariat. On est 2 CPVCJ à habiter ensemble alors on argumente qu'on peut pas être interdit⋅es de se voir, ce qui marche. Pour l'interdiction du 12e on dit que c'est impossible parce qu'une majorité d'entre nous habite Montreuil et que la ligne du métro de Montreuil pour aller à Paris passe par le 12e,qu'une personne est en formation dans le 12e, la juge propose de nous interdire simplement des abords du CRA (à 200m). Pour le pointage elle a juste dit d'emblée qu'elle comptait pas y donner suite.
Ce qui donne le CJ suivant : interdiction des abords du CRA de Vincennes, (elle avait l'air partie pour s'en tenir là mais elle nous rajoute au dernier moment :) interdiction de se voir sauf pour les gens qui habitent ensemble (au motif que notre accusation c'est groupement) et puis interdiction de port d'arme pour la beauté du CJ.

Pour les 2 qui passent en Comparution immédiate c'est un peu différent. Le risque de détention provisoire est réel. On a le seum, iels nous séparent pour essayer de mettre les 2 en prison (c'est la seule raison logique pour le parquet de faire ça). Dans les cellules, on discute de quelques préparatifs en cas d'incarcération.
Dans la salle d'audience, il y a quelques journalistes.

« Finalement la proc ne demandera pas la DP (détention provisoire), mais un CJ assez similaire aux autres. On sortira libres, avec une interdiction de paraître aux abords du CRA de Vincennes (moins de 200m). La pote a aussi une interdiction de rentrer en contact avec les autres (moi je l'ai pas). »

Finalement les 2 procédures sont jointes à nouveau avec une première date d'audience pour les 12 ce mercredi 14 février à 13h30 au TGI de Paris. On demandera un report qui sera probablement accordé donc le procès aura lieu à une autre date.
Vous serez informé⋅es d'une manière ou d'une autre de la suite !

Projection au ciné club de la Bourse du travail d'Aubervilliers : Enfermés mais vivants

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Le ciné-club de la Bourse du travail d'Aubervilliers vous invite à la projection du film Enfermés mais vivants de Clémence Davigo (66min, 2018) le vendredi 16 février à 19h30. Entrée libre et gratuite.

« Il reste les murs et les souvenirs, tout le reste a changé. Pendant longtemps, Annette et Louis se sont aimés malgré la prison qui les séparait. Tour à tour ils racontent ces longues années et tracent librement des sentiers dans ces lieux où, avant, on décidait pour eux. »

La Bourse du travail d'Aubervilliers est en lutte contre son expulsion voulue par la municipalité. Face à ce projet antisocial, défendons un lieu de défense des droits, de rencontre et d'organisation collective.

Bourse du travail d'Aubervilliers
1, rue des 21 appelés
93300 Aubervilliers
Métro Aimé Césaire

Affiche :

Ziad Medoukh : témoignage du génocide à Gaza

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Ziad Medoukh vit et travaille à Gaza comme professeur de français, il y est responsable du département de français de l'université Al-Aqsa. Témoin infatigable sur Gaza et la Palestine, il a multiplié les rencontres en France et en Europe, il est venu plusieurs fois à Saint-Nazaire à l'invitation du Comité de soutien à la Palestine local, le CSPRN. Il nous adresse aujourd'hui ce témoignage depuis Gaza.

Message de Ziad Medoukh – vendredi 26 janvier 2024

Bonjour de Gaza la détruite et Gaza la dévastée. Croyez-moi : ma détermination, mon courage, ma résilience, ma patience, et mon optimisme n'arrivent pas à dépasser ma détresse totale.

Après presque quatre mois depuis le début de cette agression horrible de l'occupation contre la population civile de la bande de Gaza, la situation sur place est de plus en plus catastrophique et terrifiante.

La vie est un goût amer, en fait, il n'y a pas de vie à Gaza. La vie est paralysée totalement. Il n' y a rien : ni nourriture, ni eau, ni médicaments, ni électricité, ni gaz, ni lait, ni pain, ni fruits, ni légumes, ni viande, ni poulet, ni poissons, ni moyens de transport, ni logement et ni perspectives. Des milliers d'élèves sont privés de leurs cours, et des dizaines de milliers d'étudiants sont privés de leurs études. Des milliers de fonctionnaires, d'employés et d'ouvriers sont privés de leur travail et de leurs salaires. Rien ne fonctionne à Gaza actuellement : aucune administration et aucun commerce. Je suis très triste. Je suis malheureux, je souffre au quotidien comme tous les habitants de cette région dévastée et laissée à son sort par une communauté internationale officielle complice. Et je suis en train de supporter l'insupportable. J'ai décidé d'écrire ce témoignage pour partager ma peine avec vous les amis et les solidaires de bonne volonté, vous êtes mon seul confort dans cet enfer quotidien.

Quand j'ai un accès à internet, j'essaie de donner des nouvelles, le problème que pour arriver à un point internet je dois marcher deux kilomètres et devant ce point, il y a un monde fou et que chacun à le droit à trente minutes seulement, tout le monde veut avoir des nouvelles de sa famille au sud et le réseau de communication est souvent perturbé et détruit par les bombardements.

Je vois vos très nombreux messages de soutien et de sympathie — les personnes qui proposent des aides et des dons, je vous remercie beaucoup, je disais toujours que le plus important c'est la solidarité morale et politique, en plus, moi je suis un simple citoyen palestinien de Gaza, je vis comme tous les habitants, et je ne veux pas être privilégié avec mon réseau et mes nombreux amis et connaissances — même si je ne réponds pas car le réseau internet est très faible, mais vos messages me soulagent moi le citoyen palestinien de Gaza qui a perdu tout et qui essaie de survivre avec le peu d'espoir qui lui reste

Mon quotidien est très difficile et très compliqué. C'est vrai que j'ai vécu beaucoup de guerres , d'agressions, d'offensives et de carnages

Mais je n'a jamais vécu une situation horrible comme celle-ci depuis mon enfance. Actuellement, déplacé d'un quartier à un autre et d'une maison à une autre chez les proches et les cousins, car les bombardements se poursuivent jour et nuit partout dans cette prison à ciel ouvert et fermée, et les chars peuvent arriver dans n'importe quel quartier à tout moment.

Le problème est que dans chaque foyer il y a de 30 à 40 personnes qui y habitent entre habitants et déplacés, et on doit faire face à cette situation exceptionnelle. Je suis devenu sans domicile et sans-abri et je dois accepter tout dans ces maisons d'accueil. Je ne peux pas ni lire ni écrire dans ces maisons, à cause du bruit, et la présence de dizaines de personnes, en plus, j'ai perdu mes ordinateurs et ma bibliothèque avec ses 3000 livres en français après la destruction de mon appartement début décembre dernier, je n'ai rien pu récupérer de mes affaires, mes vêtements, mes diplômes, mes livres publiés, mes recherches et mes cours.

Tout le monde rentre chez lui avant 17h, et on dort vers 19h, le soir on allume avec des lampes qu'on recharge le matin avec les panneaux solaires, heureusement qu'il y a toujours du soleil à Gaza, en fait les panneaux solaires ont beaucoup aidé les habitants de Gaza pour avoir un peu de lumière en rechargeant leurs lampes, leurs batteries et leurs téléphones portables pendant cette période d'obscurité et de panne électrique depuis le début de cette agression début octobre dernier.

Pour moi, la nuit, je n'arrive pas à dormir, je pense à mon frère assassiné avec toute sa famille, et je pleure seul, je reviens à mes beaux souvenirs avant cette agression, j'essaie de rêver et d'espérer un meilleur avenir, mais en vain. Moi, qui remontais le moral des jeunes et des enfants de Gaza traumatisés, je suis devenu sous le choc et traumatisé par la succession des événements tragiques qui ont frappé ma famille et tous les citoyens de Gaza ces derniers mois, et je ne trouve personne pour effacer mes larmes et pour calmer ma colère énorme. Mon cœur saigne tout le temps.

Croyez-moi, je ne suis pas pessimiste, et j'aime beaucoup la vie comme tout le peuple palestinien, mais sur place, notre contexte est inimaginable, inacceptable et horrible ! Pour la nourriture, on mange un seul repas par jour et quelques fois un repas tous les deux jours, il n'y a rien sur les marchés pour manger, souvent une assiette de riz et quelques morceaux de pain, et si on boit une tasse de café ou du thé, c'est un luxe pour nous. Dans chaque maison, les hommes et les femmes s'activent pour préparer le repas en utilisant le feu de bois, parce qu'il n'y a pas de gaz Ce n'est pas l'argent qui manque mais les produits alimentaires et essentiels, car depuis 4 mois aucun produit entre à Gaza et il n'y a pas d'aides humanitaires qui arrivent dans le nord de la bande de Gaza. En plus, il n'y a aucune organisation internationale ou association locale qui s'occupent des personnes démunies et déplacées qui sont très nombreuses actuellement dans la bande de Gaza.

Selon un dernier rapport des Nations-Unies début janvier 2024, 90% des habitants de Gaza souffrent de l'insécurité alimentaire. Les gens ici ont commencé à mourir de faim. Sans oublier que les prix sont multipliés par dix, et les rares produits disponibles sont très chers. Une petite bouteille d'eau minérale coûte actuellement à Gaza 5 euros, auparavant son prix ne dépassait même pas 0,10 centimes. Un kilo de riz qui coûtait 2 euros est passé à 10 euros, un kilo de farine 12 euros avant on l'achetait à 1 euro, et un œuf vaut 3 euros, alors que le plateau de 30 œufs coûtait 4 euros avant l'agression. Tout est très cher à Gaza, et rien n'est disponible sur les marchés.

S'ajoute à tout cela, qu'il n' y pas ni fruits ni légumes, en fait, tous les terrains agricoles au nord de la bande de Gaza ont été détruits .Pour l'eau pas d'eau potable pour boire, et même l'eau à usage domestique n'arrive pas dans les robinets, et on l'achète très cher de quelques stations qui fonctionnent encore, car plusieurs puits d'eau ont été détruits.

Plusieurs maladies contaminées touchent les habitants. Le pire qu'il n' y a aucune autorité , aucun gouvernement et aucun service municipal qui gèrent et qui contrôlent la situation très critique. Chacun se débrouille seul pour survivre. Par contre, les Palestiniens de Gaza sont solidaires entre eux, mais quelquefois, les gens n'ont rien pour donner, parce qu'il n'y a rien sur place.

Le matin, le souci de chacun est de chercher de quoi nourrir sa famille et cherche de l'eau avec énormément de difficultés. Quand je marche dans les rues de Gaza, je deviens très malheureux, car dans chaque quartier, il y a des maisons, bâtiments, immeubles et infrastructures civiles détruits et endommagés.

J'apprends chaque jour l'assassinat de mes cousins, proches, amis, collègues, voisins et étudiants, ça me rend très triste car je suis impuissant et je ne peux pas dire un mot de condoléances à leurs familles. Le sentiment d'impuissance est horrible.

Imaginez-vous, il n'y aucune boulangerie ni magasin, ni pharmacie, ni restaurant et ni café ouvert. Et le pire que les gens ici sont très tristes, ils sont préoccupés par leur quotidien tragique, ils pensent à leurs proches disparus et ils essaient de chercher de la nourriture et de l'eau pour leurs enfants, personne ne parle à personne, aucun échange, aucun sourire, tout le monde est sous le choc ; dans chaque famille, il y a des morts, des blessés, des déplacés et des maisons détruites.

Quelques fois, je me demande comment les gens ici font pour survivre et pour exister toujours. Pour la situation sanitaire, elle est dramatique, aucun hôpital fonctionne , tous les hôpitaux sont hors-service, il y a seulement trois cliniques dans toute la ville de Gaza qui arbitre 300.000 habitants et déplacés, dans chaque clinique , il a seulement cinq ou six médecins bénévoles débordés qui reçoivent 5000 patients par jour, sans de vrais médicaments à donner, ou des médicaments expirés. Personnellement, je suis actuellement malade, je ne trouve aucun laboratoire pour faire des analyses ni pharmacie ni hôpital pour me soigner.

L'armée la plus morale au monde a assassiné 27.000 palestiniens de Gaza jusqu'à présent parmi eux 22.000 enfants et femmes, et en a blessé 70.000. Sans oublier, la destruction de presque 65% des infrastructures civiles. Le problème est que cette armée lâche et criminelle n'a réalisé aucun objectif fixé pour ce gouvernement d'extrême droite. C'est de la folie meurtrière et l'impunité totale sans aucune réaction internationale officielle.

Les Palestiniens de Gaza, malgré leur colère et leur malheur apprécient beaucoup les manifestations de solidarité partout dans le monde pour dénoncer ce génocide répété et pour appeler à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza. Quatre mois très difficiles pour moi et pour tous les habitants de Gaza avec des événements douloureux, ces quatre mois étaient tous terribles.

Le mois d'octobre 2023, au début de l'agression, c'est vrai qu'il y avait des bombardements intensifs, mais j'ai été très occupé, j'accordais des interviews à des médias francophones , j'avais accès à internet et je donnais des témoignages quotidiens et des contacts réguliers avec les amis et les groupes de solidarité avec la Palestine dans le monde francophone, les marchés étaient ouverts et il y avait un peu de nourriture

Le mois de novembre dernier, la situation est devenue très compliquée, avec le début de l'opération terrestre, l'évacuation de ma famille au sud, et l'arrivée des chars dans mon quartier, j'ai été encerclé chez-moi dans mon quartier dévasté.

Le mois de décembre 2023 était un mois noir pour moi avec l'assassinat de mon frère et toute sa famille, la destruction de mon appartement et notre immeuble, et mon obligation de quitter mon quartier pour trouver refuge chez les proches.

Le mois de janvier 2024, a connu la poursuite des bombardements et l'arrivée des chars dans toute la ville de Gaza, et mon obligation de nouveau de chercher d'autres maisons pour y habiter.

Il y a beaucoup d'événements à raconter, j'aurais besoin des pages et des livres pour décrire notre quotidien très difficile sous les bombes et sous le choc avec cette situation humanitaire catastrophique et ce désastre sans précédent, et je ne crois pas encore que je suis toujours vivant, car je vois la mort mille fois par jour, même si je n'ai pas peur de la mort, cependant, je suis inquiet pour notre avenir.

L'aspect positif dans tout cela qui me rend fier de moi : Je n'ai pas de haine

Amitiés palestiniennes de

Gaza qui n'est plus Gaza

Et de Ziad qui n'est plus Ziad

http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4059

Les dernières nouvelles de Ziad dataient de décembre :

Ziad a tout perdu, Gaza est sous un déluge de feu

vendredi 8 décembre 2023,

par Michel Berthelemy

Ziad Medoukh est un ami. Palestinien, professeur de français à l'université Al Aqsa de Gaza, il nous envoie régulièrement des informations sur la situation dans l'enclave. Devrait-on dire « nous envoyait » ?

Le dernier message de Ziad, reçu le 4 décembre, nous annonce la destruction par l'armée israélienne de l'immeuble dans lequel il vivait. Son frère et toute la famille de son frère sont décédés ; il est à la recherche d'un refuge. Mais reste-t-il des refuges dans cette ville pilonnée, systématiquement détruite et martyrisée ? Dans cette ville où les cibles sont les écoles, les hôpitaux, les camps de réfugiés ?

Quand les Israéliens se sont acharnés sur le Nord de la bande de Gaza, ils ont forcé les Gazaouis à tout quitter pour descendre dans le sud pour se mettre à l'abri des bombardements. Et c'est précisément là qu'aujourd'hui ces mêmes gazaouis meurent sous un déluge de bombes. Depuis lundi, des dizaines de chars avancent vers Khan Younès dans le but d'encercler la ville. l'assaut est imminent. Les Gazaouis fuient vers la frontière égyptienne, mais ils sont rattrapés cette fois par des attaques aériennes. Mais où aller ? Il n'y a plus d'abris nulle part. Officiellement, Israël veut détruire le Hamas, mais en attendant, c'est aux civils qu'il s'attaque, ce sont les civils qu'il massacre tous les jours sans aucune retenue, à la grande satisfaction des militaires de Tsahal qui annoncent triomphalement chaque jour le nombre de cibles visées et de destructions.

Toute l'enclave est maintenant sous un déluge de feu. « Israël détruit délibérément et méthodiquement les infrastructures civiles et gouvernementales qui seraient nécessaires pour gouverner et stabiliser Gaza après le conflit » estime Hugh Lovatt, spécialiste de la Palestine à l'European Council on Foreign Relations. Entre le 3 et le 5 décembre, 349 Palestiniens ont été tués et 750 blessés. Depuis le début du conflit plus de 16 000 Palestiniens ont été tués, dont presque un tiers d'enfants. Mais le pouvoir israélien n'en a cure. Aurait-il perdu tout sentiment d'humanité ? Aurait-il même évacué l'idée que leur action peut aussi aboutir à la mort de ses concitoyens israéliens toujours otages du Hamas ?

Ziad, lui, avait décidé de rester à Gaza. Où est-il maintenant ? A-t-il trouvé un refuge quelque part ? Nous attendons de ses nouvelles, dans l'anxiété et la crainte du pire.

http://www.4acg.org/Ziad-a-tout-perdu-Gaza-est-sous-un-deluge-de-feu